L'homme de Kaboul

Découvrez L'Homme de Kaboul, le nouveau thriller de Cedric Bannel, publié chez Robert Laffont. Une enquête policière saisissante, plébiscitée par de grands éditeurs du monde entier avant même sa sortie en France.

Coup double à Kaboul (Une dernière partie de Buzkashi)

Par Léon Cobra

L’homme de Kaboul

-          à quoi pensais-tu en appuyant sur la détente ? demanda Oussama.

-          à appuyer sur la détente.

Ainsi commence l’homme de Kaboul, le roman de Cédric Bannel publié chez Robert Laffont, parution prévue le 3 Mars 2011 ; une réplique à

la Clint

Eastwood

, époque western spaghetti, pour une poignée de dollars et quelques afghanis de plus…

-          à quoi pensais- tu mon cher Cobra en acceptant de rédiger une chronique avec 120 autres blogueurs sur un bouquin dont tu connaissais juste le titre ?

-          à écrire.

Faux, totalement faux. Je voulais m’offrir un nouveau voyage en Afghanistan à la recherche d’une nostalgie perdue.

Symétrie. Equilibre. Similitude.

Anomalie. Déséquilibre. Différence.

Je lisais : Jeux d’épreuves… secondes épreuves… Le Grand JE.

 

J’avais connu l’Afghanistan en 1970. J’avais 22 ans. Comme des milliers de Freaks je taillais

la Grande Route

d’Istamboul à Kathmandou, huit jours à Hérat, le bus pour Kandahar, quatre jours à Kaboul, la passe de Khyber puis le Pakistan et l’Inde. Une seule route construite par les Russes et les Américains, un souverain Mohammed Zaher Chah, la féodalité et la paix.

Ce n’était déjà plus l’Afghanistan des Cavaliers de Joseph Kessel mais c’était encore les camions, les villages, la population de l’usage du monde, le bouquin de Nicolas Bouvier, illustré par Thierry Vernet, les premiers routards français qui décrivaient en 1963 leur périple de Tabriz à Quetta et leur émouvante séparation à Kaboul.

Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux la lenteur !

C’était ça, l’extrême volupté de

la Route

http://leoncobra.canalblog.com/archives/kabul_express_revival/index.html

AFghan

J’avais passé à peine quinze jours dans ce pays mais il était là, vivant, figé dans ma mémoire des Seventies.

Qu’allait-il devenir ?

Le Nouveau Grand Jeu se gangrénait. Le ventre mou qui servait jadis d’état tampon entre l’empire russe et l’empire britannique explosait et le pays s’enfonçait dans la guerre éternelle, guerre contre les Russes, guerres civiles, guerres tribales, alliance du nord contre talibans, services secrets pakistanais contre CIA.

Le règne de la  barbarie et du grand spectacle s’installait. Avec l’Irak, l’Afghanistan devenait le nouveau terrain de prédilection des polars géopolitiques ; les narcos patchounes remplaçaient les cartels de Medellin ou de Cali, l’opium, la coca, les Blackwaters, les Contras, les 4X4, les chevaux, les drones, les kalachnikovs. Le Triangle d’Or et l’Afrique étaient définitivement has been.

En 1988 Rambo combattait l’Armée Rouge avec les Moudjahidins dans les salles obscures et les vidéo clubs. Pop corn en promo !

En 2003 Khaled Hosseini publiait Les cerfs volants de Kaboul ( the Kite Runner), un best seller illustrant une dette d’honneur entre deux frères de lait, l’un sunnite, l’autre chiite sous le régime des talibans.

Gérard de Villiers commettait un SAS, l’homme de Kabul , actuellement soldé sur E BAY. Sans commentaire.

J’ouvrais le bouquin de Cédric Bannel, intrigué et inquiet.

Parallélisme. Contrepoids. Parité.

Altérité. Distorsion. Turbulences.

Je lis : des preuves… secondes épreuves… Le Grand Jeu. EUX.

Deux actions se déroulent en même temps comme un écho entre Kaboul et Zurich. Deux hommes mènent une enquête, pugnaces, taciturnes.

Oussama Kandar, un flic afghan intègre dans une capitale rongée par la corruption, les attentats suicides et le double jeu. Il a combattu les Talibans avec l’Alliance du Nord du commandant Massoud, le lion du Panshir , assassiné en 2001. Ses subordonnés l’appellent respectueusement Qomaandaan, comme l’autre.

Nick Snee, un jeune analyste surdoué qui travaille pour l’Entité, un conglomérat politico-militaire maffieux. Tous les deux vont s’opposer au système pour découvrir le contenu d’un mystérieux rapport Mandrake.

On se croirait par moment dans un épisode inédit de Largo Winch,

la BD

de Jean Van Hamme et Philippe Francq mais à défaut de faire preuve d’imagination Cédric Bannel s’appuie sur une documentation en béton armé. Pendant les 320 pages de la première partie, il va faire progresser son intrigue et démêler patiemment l’écheveau embrouillé de cette affaire. La partie se déroulant en Afghanistan est la plus fournie et la plus exotique pour le lecteur non initié mais les deux pièces du rébus sont remarquablement enclenchées et informées. Cédric Bannel a épluché les faits divers, les attentats et les attaques suicides avec une grande méticulosité. Il décrit ainsi la préparation d’un Shahid, un martyr,  avec la plus grande précision ; Il s’offre également une plongée dans le sordide des toxicos en s’inspirant de cet article du Soir :

Le Letten (qui a remplacé le fameux Platzspitz, «needle park» fermé en 1992) se tient dans une gare désaffectée d'un quartier populaire d'une des villes les plus riches du monde.

C’est dans cet endroit puant où croupissaient 4000 junkies au milieu des dealers kossovars et libanais que Nick Snee débusque la piste Mandrake. Il va remonter la filière jusqu’à un SDF devenu pasteur qui va le renseigner. Là aussi, l’auteur  s’appuie sur un témoignage réel. Le véritable nom de cet indicateur est Ralf et sa confession figure sur Internet.

Correspondance. Compensation. Corrélation.

Vicissitude. Mouvance. Mektoub.

Je lis : Mettre en jeu… Hors Jeu… Maitres du Jeu.

Sans vous dévoiler tous les rebondissements, vous vous doutez bien que les deux héros et tous les protagonistes de l’affaire se retrouvent dans la seconde partie du thriller dans le cercle rouge comme dirait Melville. C’est la partie la plus courte, une soixantaine de pages mais aussi la meilleure, délétère, toxique, irrespirable. Ce n’est certainement pas un hasard si le final se déroule dans le Nouristan, une vallée perdue, aux confins de l’Himalaya, la dernière à avoir été islamisée. Cette région s’appelait jadis le Kafiristan. La légende veut qu’Alexandre le grand y soit passé mais c’est surtout là que Rudyard Kipling y situait en 1888 l’histoire de l’homme qui voulut être roi ( the man who would be king ) porté au cinéma par John Hudson avec Sean Connery dans le rôle principal. Dernier clin d’œil à

la BD

, le rapport Mandrake ou plutôt la confession de Léonard Mandrake. Vous connaissez tous Mandrake, le personnage de comic trip crée par Lee Falk et dessiné par Phil Davis. Dans ses premières aventures il luttait contre le Mal grâce à son pouvoir hypnotique ; par la suite il se contente d’être un magicien. Ce que vous ignorez sans doute, c’est qu’il existait réellement un prestidigitateur canadien dénommé Léon Mandrake  …Léon ou Léonard… il y a mandragore sous roche !

Je dis M.

M comme… Maffia, manipulations, magouilles.

MACHIAVEL.

Depuis qu’ils ont lâché

la Bombe

sur Hiroshima et Nagasaki pour mettre les japonais à genoux, la hantise des américains c’est de perdre des hommes comme en Corée ou au Viet Nam. La vie des boys est trop précieuse et les médias trop sensibles aux larmes des vétérans estropiés alors ils bombardent comme en Yougoslavie ou en Irak. Un déluge de bombes et tant pis pour les civils ! Ils utilisent les nouvelles technologies , satellites, drones comme dans un gigantesque jeu vidéo. L’OTAN a engagé avec

la FIAS

( ISAF en anglais) l’option liberté immuable et a recourt dans cette nouvelle optique aux sociétés militaires privées et aux mercenaires, 28 000 en 2008 ) Ainsi le nouveau schéma de la guerre répond à deux obligations : la destruction la plus complète possible puis la reconstruction confiée à ses multinationales. A coté de l’aide humanitaire, poudre aux yeux pour le grand public, des hommes d’affaires véreux en profitent pour amasser des sommes colossales grâce à l’argent détourné de la reconstruction. Mandrake situe cette somme :

-          à environ huit milliards de dollars, cinq en Irak, trois en Afghanistan.

Son rapport détaille ensuite la méthodologie utilisée.

Un autre personnage clef du roman, le mollah Bachir, un taliban modéré, analyse pragmatiquement la situation :

-          le sous sol afghan regorge de matières premières ; des métaux rares, du lithium, de l’uranium. Ce pays est un miracle géologique. Le monde va se déchirer pour mettre la main dessus.

Cédric Bannel a une passion pour le journalisme d’investigation, il nous met les points sur les i dans son épilogue. C’est la nouvelle tendance des polars contemporains démontrer, analyser, comprendre sans prendre partie. Le nihilisme occidental et le fatalisme oriental se rejoignent résignés . Quant à l’avenir de l’Afghanistan il est déjà tout tracé. Les américains ont trop peur de l’arrivée des chinois dans le Grand Jeu ; ils ont donc repris les contacts avec les talibans pour mettre en place une réconciliation nationale autour d’un gouvernement modéré où de nouveaux talibans plus réalistes reprendraient les rênes du pouvoir permettant à la coalition de se retirer en douceur. Realpolitik comme disait ce vieux Bismarck, Otto de son prénom…

Si je ne conteste nullement les sources et les conclusions de l’auteur, je reste plus expectatif sur son ouvrage que je ne situerai aucunement dans la lignée du polar noir français des Manchette, Jonquet , Fajardie ou Daeninckx. Rien à voir non plus avec la verve et les connaissances encyclopédiques d’un James Ellroy, le maitre américain. Cédric Bannel donne dans la politique fiction de série B, plus proche de film d’action comme Shooter, tireur d’élite. Il nous délivre un divertissement honnête où les personnages manquent cependant de relief et de profondeur. Leur psychologie n’est pas assez fouillée. Leurs mobiles primaires. Les femmes sont caricaturales, prostituées ou droguées en Suisse, veuves ou mères de famille féministes à Kaboul . Il n’y a pas de scène choc pour démarrer l’ouvrage ni la moindre scène de sexe torride en 396 pages ! C’est sans doute inédit dans l’histoire du polar !!! C’est un bouquin à lire devant une bonne flambée entre deux averses ou dans le TGV Paris-Bordeaux.

Intermezzo…

-          Le monde est ce qu’il est, nous ne pouvons pas le changer. J’aurais préféré une autre issue… dit le père de Nick à la dernière page.

Moi aussi. Je l’avoue.

Mieux vaut Kaboul sans or

Que Kaboul sans neige

( Proverbe afghan )

Posté par Staff Melyonen - Léon Cobra - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

Commentaires

    Eh bien

    Si je suis d'accord avec la conclusion, pour le reste, je ne sais pas ce que tu fumes mais c'est de la bonne !

    Posté par Tom B, 22 février 2011 à 16:15

Poster un commentaire